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Vercors : mini trek en hiver dans la réserve naturelle 1er jour

Un petit bivouac hivernal et puis s’en va

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Pour un parisien, la marche d’approche est déjà bien longue et fatigante (le partie la plus dangereuse se trouve sans doute entre Paris et Villard de Lans…) Arrivé sur place le samedi 6 mars 2010 vers 16h30 (après un décollage porte d’Orléans vers 6h30). Ma fille arrivant avec ses grands parents (où plutôt l’inverse !), le lundi soir, bref je n’avais pas le choix dans la date, pour mon trek et ma nuit en bivouac mode hivernal devait impérativement être celle du dimanche au lundi. Il n’est jamais bon de ne pas avoir de souplesse sur ce point à cause de la météo surtout.
Malgré cette arrivée tardive, je n’ai pas vraiment chaumé ce samedi soir, entre la prise du gite, la prise de renseignements sur la présence de la neige sur le parcours envisagée à l’office du tourisme…bad idea…. Ils ont surtout voulu me vendre une prestation de sortie en raquette…mais ont été incapable de me renseigner sur les conditions d’enneigement sur le GR91…plutôt décevant pour un office du tourisme je trouve mais bon. Après seulement, je me suis dit évidemment le loueur aura ce genre d’informations (ce qui fut le cas, merci à la charmante vendeuse du magasin Altiplano à Villard de Lans). La location des raquettes et bâtons, la préparation définitivement du matériel que j’emporte (entre pas trop de poids et suffisamment de marge de sécurité). J’ai notamment eu du mal à me décider sur le type de veste que j’emporte sur moi. Non seulement c’est une première ce bivouac hivernal en montagne et en plus j’ai l’outrecuidance d’inventer (ou plus surement de réinventer) un sac à dos/luge. On est comme ça nous les parisiens. J’ai aussi pu faire un petit test de tirage ou de portage de mon sac-pulka. Clairement si en grosse cote, l’effort semble être équivalent au portage, sur les petites pentes, le plat et les descentes (pas trop fortes) c’est vraiment beaucoup plus facile.

 

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La météo n’étant pas de mon coté. Pour un début mars, le général Hiver a décidé de déclencher sa dernière grande offensive. Neige, vent et températures vraiment basses (surtout pour un début mars). Bon du coup, j’emporte ma grosse veste north face, tant pis pour le poids, surtout que l’idée de la pulka sac à dos, c’est de tirer plus que de porter l’essentiel du matériel, donc d’emporter un peu plus de poids sans que cela se change en marche commando pour autant. En fonction des contraintes du parcours envisagées, du fait que j’y vais seul. (Ce n’était pas forcement un désir, mais sinon ça ne se faisait pas là). L’idée que je retiens est de rester sur le GR, et de bivouaquer, si possible a coté d’un abri non gardé, histoire d’avoir une solution de repli en cas de pépin (notamment avec ma tente T2 ultralight pro, pas vraiment faite pour ce genre d’exercice : montage dans la neige).
Ceci dit, et bien que la suite de ma petite histoire ne plaide pas trop pour ma théorie…encore que…le fait d’envisager les solutions alternatives, les points de prise de décisions sur la carte, avant la randonnée elle même, m’apparait être comme une bonne idée, ça permet d’éviter de se buter et se s’enferrer sur le terrain. Le renoncement me parait plus facile à prendre (et plus rapidement) ensuite sur le terrain. C’est un vrai gage de sécurité. Ok ok j’enfonce une porte ouverte…mais bon.
Comme j’ignore vraiment a quoi ressemble le GR recouvert de neige, j’ai comme outils la carte, la boussole et une appli pour iphone Geolives que je trouve assez super (mais bon ok comme gps l’iphone il y a plus fiable, entre l’autonomie réduite, l’interface tactile etc en clair celui ci doit me servir pour vérifier mon positionnement , mais pas vraiment pour me guider) Concrètement, cette application embarque comme beaucoup de gps, un fond de carte au 25000 eme de l’IGN, et tout simplement elle indique où l’on se trouve précisément sur cette carte. Avant d’éventuelles questions, je précise que le fond de carte étant téléchargé au préalable, l’application fonctionne donc sans présence de réseau de téléphonie (sinon aucun intérêt dans ce genre d’endroit…) Il suffit donc d’avoir la fonction gps en marche.
Un dernier check matériel, et à ce moment je m’aperçois que ma petite boussole (en général pas besoin, donc c’est un petit outil décathlon a 4 euros, qui contient un sifflet/thermomètre/boussole). Elle m’a déjà dépanné l’été dernier. Là je regarde la boussole, et le Nord qu’elle indique me parait vraiment fantaisiste… je vérifie mon intuition avec la boussole de l’iphone (sisi) et confirme que le Nord de ma boussole est quasiment plein sud (mais pas tout a fait…) enfin hors de question que je m’embarque sans une boussole fiable dans ce truc…et pas envie de compter sur la boussole électronique de l’iphone non plus…
Bref je me retrouver samedi soir à 1heure du matin avec mon sac fin prêt et pas de boussole….

 

Après la route jusqu’en Isère, les préparatifs, 15 cm de neige tombé dans la nuit, une bonne nuit de sommeil et un irish breakfast improvisé (merci Katia), J’ai comme une boule au ventre (ben si…) et je me rends compte que je n’ai pas peur, mais plutôt une sorte de trac avant de rentrer en scène. Surtout que, même pour un petit truc comme ça, (ce n’est pas une expédition pour le pole Sud…) Ben il y a plein de truc qu’on ne peut pas maitriser (c’est un peu le principe de l’avenir de manière générale…me direz vous….certes).
En premier lieu la météo. Au vu de la neige qui est tombée, la température nocturne et l’état des routes, je ne sais même pas si je vais pouvoir démarrer ma voiture, et rouler de Villard de Lans à Corrençon en Vercors. Apres quelques tentatives, la voiture démarre et en roulant a 20 kms/ h, je gagne Corrençon en Vercors, là, un petit miracle (sur lequel je comptais) une boutique de matériel de ski ouverte ce dimanche midi… le vendeur me dit qu’effectivement il doit avoir des boussoles…en théorie…il pars dans sa réserve et reviens 5 mn après avec une boussole qui indique le «bon» nord….et pas trop cher. Loi de murphy oblige, je me dis que le simple fait de l’avoir avec moi, je n’aurais pas besoin de m’en servir.
Je me gare au parking du golf à Corrençon, et commence un dernier check de mon matériel (trop de prudence ? trop d’inconscience…difficile à dire…), un peu intimidé par la présence des raquettistes et autres fondeurs en ce dimanche glacial (lors de ces 24 h en solo, la température restera négative). Je décide de partir dans la configuration sac à dos de ma pulka. En clair, j’ai mon sac à dos de 70 litres fixé à la luge-pulka sur le dos, avec le sac à dos 30 litres en position ventrale, raquettes au pied, et avec les bâtons, tout ça nuit un peu à la marche …(c’est con je m’aperçois que je n’ai pas de photo de mon bricolage en position sac à dos…). Juste celle ci qui donne une idée.

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Je pars vers 13h20 sous la neige qui tombe. Un peu tard a mon gout, mais bon, il fallait bien que je dorme vu que j’avais fini la veille mon sac vers 1h du matin. Enfin, bonne nouvelle je suis parti !

 

Mon premier objectif est la cabane de Carette, ne sachant pas trop à quoi m’attendre entre le comportement et le poids de mon équipement et les conditions météo. La plupart des informations que j’ai réussi à glaner indique 2h en raquette pour la cabane de Carette. (Pas forcement avec 20 kgs de matériel…)
Après 10 minutes de configuration sac à dos, la piste sur laquelle je me trouve est moins fréquenté, et j’ose enfin passer en mode pulka. Je sors mes cordelettes de tractions et mes mousquetons d’escalade recyclé et j’arrime la pulka à mon sac de 30 litres que je passe sur le dos.

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Dès les premières minutes je suis rassuré, ça parait être un bon choix, la progression est beaucoup plus facile, sur un dénivelé modéré en positif ou en négatif, voir sur du plat, tant qu’il ne s’agit pas de dévers (dévers = dénivelé parallèle a la piste tout simplement).
L’engin fait merveille et je rattrape sans problème des raquettistes a la journée et donc nettement moins chargé. Je croise bien des regards curieux, voir envieux, si si.
Le seul bémol, c’est effectivement cet espèce d’à-coup (dont j’avais entendu parler) du à l’absence de brancard rigide pour tracter. En effet le randonneur a plutôt une allure régulière, mais la luge est tractée d’un coup, les cordelettes rendent du mou et la luge finie par ralentir (frottement et gravité), les cordelettes se retendent d’un coup et ainsi de suite….voila pour l’analyse.
Après une heure, je me sens euphorique, je vais sans doute atteindre en moins de deux heures, mon premier objectif, et sans vraiment être fatigué. Certes ça monte mais le dénivelé n’est pas énorme. Je croise une femme qui a le même genre de bricolage que le mien (enfin elle c’est juste un sac fixé sur une luge, pas un sac à dos), sauf qu’elle en est ski de randonnée nordique. On s’arrête et on échange nos impressions sur nos bricolages respectifs. Elle me demande comment se comporte mon engin en descente, je lui réponds que je n’en sais encore trop rien, mais j’imagine qu’il me faudra soit plutôt le retenir via une attache que j’ai installé à l’arrière, soit régler mon allure en fonction de la pente pour éviter que la luge vienne me percuter. Elle a fixé ses bâtons de ski dans la luge pour retenir sa luge, mais bon elle est a ski, c’est assez différent. Elle me fait remarquer qu’elle s’est aperçu que plus l’attache était basse sur le corps (disons plutôt sur la taille que dans le dos), moins le phénomène (désagréable) des à-coups est fort. Après 5 mn de discussions on se souhaite bon voyage. Je me dis que j’essayerai dans quelques jours le ski de randonnée nordique, ce que je ferais effectivement, avec un bilan mitigé vu mon peu de pratique du ski. J’applique immédiatement ses conseils en attachant les longes à la taille. Cela réduit considérablement les à-coups. Je regrette de pas avoir proposé d’échanger nos coordonnées pour échanger nos expériences, mais je n’y ai pas du tout pensé sur le moment…. qui sais peut être finira-t-elle par tomber sur ce petit récit.

cabane de Carette en hiver

Encore quelques efforts sous (et sur ! ) la neige et j’arrive à la cabane de Carette, en moins d’une heure trente et pas du tout entamé. Il est vrai que le chemin entre Corrençon et la cabane de Carette très fréquenté se prête idéalement à l’utilisation de mon système.

1erjour

Après une petite pause et quelques photos de la cabane, vu l’heure, mon état de forme et ma vitesse de progression, le chemin parcouru et la distance qui me sépare, de mon lieu de bivouac envisagé (abri de la Tiolache du milieu). Je décide évidemment de continuer, envisageant même de pouvoir gagner sans trop d’effort l’abri de la Jasse du Play.

 

J’entame la seconde portion de mon parcours, entre la cabane de Carette et la plaine de Darbounouse. Je galère un peu pour retrouver la piste, la trace est moins évidente à cet endroit, ne me souvenant pas que celle-ci démarre par une grosse montée, je ne suis pas du tout parti dans la bonne direction. Mais c’est vrai la dernière fois c’était en été, et il y a bientôt 5 ans déjà… (Comme le temps passe vite….).
Je croise encore quelques skieurs et raquettistes, mais ceux là, sont davantage chargés et ont passé la nuit pour la plupart à la Jasse du Play. On est dimanche et c’est la fin du week-end. Quelques passages en dévers et ma pulka luge verse quasiment a chaque fois. Problème auquel je m’attendais de fait de l’absence de brancards qui permettraient de maintenir davantage mon bricolage. Cette tendance étant encore accentuée par l’absence de quart sur une luge comparativement à une pulka, qui elle, va avoir tendance à faire sa propre trace, sans déraper. En résumé ma vitesse est plus lente et ma progression est plus fatigante. Je n’ai aucune inquiétude pour autant, me disant qu’on est début mars, et que j’ai largement le temps d’arriver avant la nuit à la Tiolache ou à la Jasse du Play. En outre je me dis que la plaine de Darbounouse sera beaucoup plus adaptée à la glisse que les sous bois entre Carette et Darbounouse. Il est aux alentours de 16h quand je débouche sur la plaine de Darbounouse, je rejoint en même temps trois skieurs en pulka bien chargé, qui sont un peu perplexe sur la descente qui s’offre a eux. Moi je me dis que la descente va être cool, je vais simplement passer en mode « retenir la luge » en l’attachant par l’arrière.

pulka luge sac à dos

Après quelques photos, la descente est avalée rapidement, très cool. Un duo me croise en trouvant astucieux mon sac à dos/pulka (a son avantage il est vrai sur cette portion là…). Les skieurs avec pulka sans doute pas tellement expérimentés, se prennent quelques gamelles. Je ne le sais pas encore, mais je viens de manger mon pain blanc. Le problème c’est que quasiment toute la partie dans la plaine de Darbounouse que j’imaginais facile est en léger dévers (du moins sur la trace existante ce jour là)….au bout de 100 pénible mètres et presque autant de reversement de mon système… je décide de réduire les longes (en réduisant de moitié mes longes de 2,5 mètres.). Ca verse moins, mais ce n’est pas encore ça… Après 50 mètres et à regret, je décide de passer en mode sac à dos….snif. Mode de déplacement beaucoup plus fatiguant…à cause de la gravité… les traces se font moins évidente, et plusieurs fois j’utilise l’application geolives pour vérifier que je suis sur la bonne trace. (C’est la qu’on s’est paumé il y a 5 ans faut dire si si, on est comme ça nous les parisiens…on a quitté le chemin principal en obliquant trop vers l’Est) Quand je quitte la plaine de Darbounouse, il n’est pas loin de 17h30… plus d’une heure, pour traverser un terrain a découverte, et plutôt plat…. D’où je suis. Je vois mon point d’entrée sur la plaine…c’est un peu pénible pour le moral. J’ai encore perdu du temps sur cette portion (par rapport à ce que j’imaginais). Mais bon, je peux compter sur encore deux bonnes heures de jour et il me reste à mon idée trois tronçons, dont un costaud. Plaine de Darbounouse, Pot du Play, l’étape costaud c’est Pot du Play tiolache le haut (le fameux canyon des erges) et la dernière étape tiolache le haut, tiolache du milieu. A ce moment j’ai bien évidemment renoncé à aller jusqu’à la Jasse du Play ce jour (mais pourquoi pas demain matin, si je me sens en bonne forme). J’entame donc la portion Darbounouse-Pot du Play, le terrain semble plus favorable que la plaine pour ma pulka luge, je repasse en mode pulka. Très vite je déchante. Entre les virages et les dévers ma progression est lente, et la trace moins marquée (du fait de moins de passage) tout cela rend lente et éprouvante ma progression sur un dénivelé somme toute peu impressionnant. Après une heure d’effort, je décide de jeter un coup d’œil avec geolives pour voir ou j’en suis, (il est donc 18h30) dans ma progression vers le canyon et là grosse déception, non seulement j’en suis loin, mais je suis à peine au pot du play….

 

vers_pot_du_play

Je voulais éviter si possible deux choses, ou du moins une des deux…
1er : monter mon bivouac de nuit.
2eme : monter mon bivouac loin d’un abri pour avoir une solution de repli en cas de pépin (c’est une première en montagne en hiver pour moi).
Clairement je me rends compte que je finirais mon parcours de nuit, et qu’a tout prendre autant continuer et atteindre la tiolache du milieu, quitte a monter le bivouac de nuit, et de bénéficier de la solution de replis vers l’abri.
La neige continue de tomber et la température aussi, et même de plus en plus. Vers 19h30 en voyant le paysage changé et en faisant le point (j’en profite pour sortir ma frontale en prévision de la nuit qui arrive). Je constate que je suis enfin bien avancé dans le canyon des Erges. Je commence à être bien claqué ceci dit. Le dénivelé du canyon n’est pas monstrueux du tout, mais chargé comme je suis, avec les deux sacs (j’ai du reprendre mon portage de sac depuis l’entrée du canyon), la trace qui disparaît sous la poudreuse qui tombe, les raquettes aux pieds et les bâtons, j’avance maintenant à un rythme d’escargot (je porte ma maison sur le dos, et j’en bave bien : la comparaison me parait parfaitement adaptée…).

 

 

debut canyon des erges enneige

début canyon des erges enneigé

si si c’est le GR là…

Vers 20h, le canyon qui s’était rétrécit, s’évase, enfin avec ce que j’en aperçois dans l’obscurité. Je m’éclaire à la frontale, pour éviter de buter dans la neige. Je fais le point avec geolives et je m’aperçois que je sors enfin (sur la carte) du canyon et que je me situe à quelques mètres de tiolache le haut. Chouette, je me dis que dans une demi-heure (sans doute un brin optimiste après examen à postériori de ce qui me reste à parcourir) au plus j’aurais atteint la tiolache du milieu et son abri. Dans ma tête, je me dis que je n’aurais pas le courage de monter ma tente, et que j’irais directement dans la cabane me mettre à l’abri du vent qui souffle assez fort maintenant, en plus des bourrasques de neige. Le thermomètre marque -10. Il n’y a plus aucune trace, tout a était effacé par la neige qui tombe. Je n’angoisse pas mais je me sens seul au monde, voire carrément sur une autre planète (sensations étrangers mais pas désagréables). Encore quelques mètres et je vais basculer sur le début du plateau, la pente se fait nettement plus rude. J’avance très péniblement d’un mètre, je glisse de trois je suis quasiment en train de ramper, mais aucune prise…Je n’arrive pas à basculer sur ce que j’imagine être le début d’une combe. Je dérape avec les raquettes dans la grosse couche de poudreuse qui est tombée et qui continue de tomber, je suis vraiment fatigué. Je m’acharne 10 minutes, mais rien à faire je ne progresse plus, la pente, la neige, le poids de mon matériel, ma fatigue me ramène à mon point de départ dans la pente, j’essaye par tous les cotés de la pente… J’ai franchement l’impression d’être une proie dans le cône inversée d’un fourmi lion…Je suis collé dans la pente et je n’avance plus… par contre je prends conscience (inconscience ou excès de prudence ?) qu’a chaque fois que j’essaye de monter avec mes raquettes, je redescends avec de gros paquets de neige…je trouve que ça tourne au vinaigre…je ne suis pas paranoïaque, mais finalement le peu de documentation que j’ai lu sur les risques d’avalanche m’a plus inquiété que rassuré. Et dans les faits j’ignore totalement si j’ai risqué quelque chose de ce genre a cet endroit là, avec la neige tombée en abondance ce soir là (de la poudreuse). Je suis épuisé, hors d’haleine, en sueur. Je décide de m’arrêter et de réfléchir à la conduite à tenir, en gardant la tête froide, (facile par cette température…) Il est 20h30. Quand bien même j’arriverais a grimper, le GR ne serait pas forcement facile à suivre, je sais qu’en hiver l’abri de tiolache du milieu peut etre difficile à trouver, que je peux m’egarer, (surtout il faut quitter le GR pour l’atteindre) et donc pourquoi pas tomber (c’est le cas de le dire ) sur des scialets. Entre un excès de prudence (qui ne tue pas ou très rarement !) et un excès d’imprudence (qui le peut) , assez rapidement je décide d’arrêter le tir et de redescendre plus bas dans les lacets du canyon, j y’ai vu des endroits relativement plats et à l’abri du vent et d’une hypothétique avalanche il me semble. Là je pourrais installer la tente pour y passer la nuit. Je renonce donc à atteindre mon objectif, pas bien grave en soi, mais ce qui m’ennuie le plus c’est que je me retrouve finalement dans la situation que je voulais doublement éviter, c’est-à-dire monter ma tente de nuit, loin d’un abri…en étant vraiment fatigué en prime et dans des conditions météo assez moche, la neige tombe beaucoup, il fait vraiment froid et le vent se lève, y compris dans le canyon.

 

J’avoue que je gamberge un peu, en me disant que peut-être j’ai fait preuve de manque d’humilité… Mais bon, je me dis surtout qu’il faut que j’assure et mettre à profiter l’expérience que je pense avoir (qui me parait dérisoire a ce moment là, mais pas tant que ça avec le recul). En redescendant d’environ 200 mètres, dans le sens de la descente, le bout de mes pieds avec les raquettes me font horriblement mal (non non pas engelure, plutôt normal après autant d’heures de raquettes…). Je retrouve l’endroit que j’avais repéré à la montée. Je dépose mes sacs, c’est un soulagement. Ma veste est mouillée. Je me mets tout de suite au travail. J’utilise ma luge pour aplatir la neige à l’endroit ou je compte ériger ma tente. Ensuite je place une grande couverture de survie épaisse, comme première couche, je pose immédiatement des affaires dessus, afin d’éviter qu’elle ne s’envole avec les rafales de vents. J’installe ma tente, impossible de monter les arceaux de ma tente avec mes gros gants de ski que je retire, les segments d’arceaux en métal me collent aux mains. Rapidement je ne sens plus mes doigts, je remets donc mes gants régulièrement, et à ces moments là, je m’efforce de faire des points d’ancrage pour fixer la tente. Au choix, mes bâtons de ski pour les attaches stratégiques, mes raquettes ensuite, au final j’arriverais à ancrer un piquet, en le mettant d’abord dans une boule de neige, que j’enfonce ensuite, comme j’ai pu le lire ici ou là. Je n’utilise pas les sacs plastiques que j’avais prévu à cet effet pour faire des ancres à neige. Et pour le dernier ancrage, j’utilise même ma luge que je plante verticalement. L’ensemble n’est pas très tendu, mais il est vrai que c’est le défaut principal de cette tente sur un terrain normal déjà… Et même si elle n’est pas super tendu, pour une personne ça me semble bien suffisant, j’ai hâte de me mettre à l’intérieur. Je suis assez satisfait du résultat. Avec le froid intense, des problemes apparaissent par exemple les fermetures eclair fonctionnent très mal, les boucles des sangles sont bourrés de neige qui se transforme en glace, qu’il faut enlever pour qu’elles fonctionnent. Je mets rapidement les éléments nécessaires à l’intérieur de la tente. Dans l’ordre le matelas autogonflant…que je gonfle au passage. Puis mon sac de couchage que je déroule. Au fur et à mesure que je sors le matériel, je distribue en fonction de l’usage entre l’intérieur de la tente et l’abside, vêtements de rechange, de la nourriture etc. Je ne me vois pas faire chauffer mon repas ce soir…J’avais prévu éventuellement le cas, et j’ai des biscuits salés et deux boites pâtés et fromage… ça fera l’affaire. Je me sens trop claqué pour faire chauffer le repas et j’ai peur (psychose de mettre le feu en fait j’avoue….) Car vu le vent, et la neige et le froid, je ne me vois pas mettre le réchaud ailleurs que dans l’abside, avec moi dans la tente. J’ai beau avoir conservé la cartouche de gaz sur moi et avoir des pastilles d’alcool solide en secours, je ne le sens pas. C’est arrivé aux meilleurs Mike Horn notamment lors de son expédition Arktos (ok avec un réchaud à alcool plus capricieux)… mais non je me compare pas à lui… des détours de 1000 kms, des températures de -60 degrés…moi je viens de faire 14 kms et il fait moins 10 degrés…. bon un point commun tout de même nous avons la même date d’anniversaire… (Pas la même année je suis plus jeune) et je crois que la comparaison s’arrête là… (Yes j’ai cité Mike Horn dans le récit de mon petit voyage !).

 

…En ce qui concerne les pastilles d’alcool solide, je me rappelle d’un souci rencontré par mon pote Pascal, en l’enflammant la pastille a éclaté en projetant des flammes dans un rayon d’un demi mètre, je ne sais plus dans quelles circonstances mais bon…La priorité pour moi à ce moment c’est d’être au chaud et de me reposer en m’allongeant. J’ai la bonne surprise de constater que tout mes bidules ainsi que les sacs a moitié vide tiennent dans l’abside de la tente. Tout ça restera donc facilement accessible pour moi depuis l’intérieur de la tente. Je regarde ma montre une fois dans la tente il est à peine plus de 21 heures, je suis assez content de moi, bien que je ne sois pas rassuré par les rafales de vents, ni totalement rassuré par mes ancrages. Il fait nettement moins froid à l’intérieur de la tente, cette capacité à conserver la chaleur grâce a deux minces couches de tissus me fascine toujours autant, c’est littéralement magique. Enfin on a les extases qu’on mérite… La situation me parait nettement moins précaire qu’une demi-heure auparavant. J’organise un peu les choses autours de moi, je retire mes chaussures, je change de chaussettes et je mets tout d’abord une petite paire de chaussette de sport. J’enlève ensuite ma grosse veste north face Gotham (penser à me faire rémunérer pour cette promotion…) qui semble se parcheminée aussitôt. J’enlève également ma polaire wind shell trempée, et ainsi que le tee-shirt dans le même état. Je mets un tee-shirt sec, une polaire épaisse et sèche. J’ajoute une petite polaire plus fine par dessus pour faire bonne mesure (je l’avais pris en plus par précaution). Je décide de conserver mon pantalon de ski, j’aurais passé une meilleure nuit en changeant contre le cuissard de course long en plus un caleçon long et chaud en coton, mais hormis la flemme, je préfère conserver ce pantalon de ski sur moi en cas d’urgence (le truc le pire que j’imagine c’est l’arrachement du double toit, ou de recevoir un gros paquet de neige qui affalerais ma tente). Je change mon bonnet également trempé. Je me une cagoule fine (un truc que j’avais acheté pour le deux roues en hiver) et je mets un bonnet par dessus, suivant en ça le vieux adage, si tu as froid aux pieds, mets un bonnet… J’évacue dans l’abside comme je peux un maximum de neige et entre les chaussures et ma veste il y a de quoi faire. Je redoute d’avoir mon sac de couchage trempé. Ensuite je m’enfile dans mon sac à viande en soie et je me glisse dans mon sac de couchage. Ca va mieux, je n’ai plus froid, j’ai oublié de préciser que je me suis mis à grelotter a plusieurs reprises une fois dans la tente… ça ne m’a pas rassuré, mais là je sens bien que je ne perds plus de chaleur et que je me réchauffe. Je décide à ce moment là de casser la croute : fromage en boite et biscuits salé, puis barres énergétiques, les barres sont dures et je dois les laisser un petit temps dans ma bouche pour les réchauffer avant de pouvoir les croquer. Je fais une petite pause pipi dans une bouteille a goulot assez large que j’avais prévu (hein ? non non aucune prétention de ce coté là …simplement essayez messieurs avec un goulot normal, vous verrez) ce qui évite de devoir ressortir. Ensuite grand luxe, j’utilise deux chaufferettes chimiques que je glisse sur la plante des pieds entre ma première et ma deuxième paire de chaussettes. Ca sera formidable je n’aurais aucune sensation désagréable de froid aux pieds durant toute la nuit. Je finis par mettre une paire de gants en laine, me glisser le plus possible dans mon sac de couchage, en me servant de mes deux vestes comme oreillers (celles si ressemble à du carton, et mes gros gants de ski aussi). Je regarde ma montre, il est 22h. Entre le bruit du vent, les paquets de neige qui tombent des arbres, régulièrement je secoue les cotés de la tente pour éviter les accumulations de neige. Je cherche en vain le sommeil, puis vers minuit je m’endors.

 

second jour…

2 Commentaires

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