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mini trek hivernal en solo dans la réserve naturelle du Vercors second jour

ultra light T2 hiver

 

Quand je me réveille, il fait déjà jour. Je n’ai pas eu froid et je suis assez bluffé de constater que j’ai passé une bonne nuit (bien meilleure que lors de mon bivouac test à Fontainebleau par -8 en décembre dernier), ceci dit j’étais beaucoup plus fatigué. Je me sens en bonne forme et reposé. L’intérieur de la tente qui s’est un peu (beaucoup) affaissée, mon sac de couchage touche le toit de la tente au niveau des pieds… est couvert de givre, le sac de couchage et les affaires autours de moi aussi. Mon petit thermomètre fixé dans la tente indique -5 degrés. Je jette un regard vers l’extérieur, le vent est tombée et il ne neige plus, il est environ 8h. Le thermomètre dans l’abside marque -7 et la température minimale enregistrée est de -13. J’ignore la différence de température entre l’abside et l’extérieur de la tente, mais finalement ça doit correspondre à ce qu’on appelle la température sous abri. J’apprendrais plus tard, que cette nuit là, à Lans en Vercors (situé 400 m plus bas, mais moins a l’abri du vent que dans ce canyon j’imagine), la température est descendu jusqu’a -18 degrés. D’expérience je sais que le moment où l’on lève le camp, est un moment délicat, car il fait encore bien froid, et on ne se réchauffe pas puisqu’on ne marche pas encore. De fait je décide de me faire chauffer un chocolat chaud dans l’abside de la tente. J’avais placé ma cartouche de gaz dans mon sac de couchage et donc pas de problème pour utiliser celle-ci. J’aménage un emplacement libre et met de l’eau à chauffer. Je suis assez surpris par la puissance de chauffe de mon réchaud (bien noté il faut dire, et pas donné quand même…). Ce qui m’étonne davantage, c’est la brusque remontée de température dans la tente elle-même, entre mes mouvements et l’activité du réchaud dans l’abside, la température devient positive, c’est agréable, même si tout le givre est parti et tout est mouillé. J’utilise au maximum ma petite serviette en tissu pour essuyer ce que je peux, mais mon sac de couchage est trempé (pas à l’intérieur), pas très grave, il s’agit d’une seule nuit en bivouac (normalement . Mais je me demande comment ça se passe pour plusieurs jours…j’imagine qu’il faut aussi essuyer la tente au maximum ou virer le givre, mais ça doit difficile de conserver le tout sans humidité, mon sac de couchage n’est pas en duvet, mais ça doit devenir vraiment limite avec la perte de thermicité du duvet mouillé.

 

Un chocolat chaud avec des gâteaux après cette nuit là dans cet environnement glacé (même si finalement je n’ai pas souffert du froid), c’est vraiment le meilleur chocolat chaud ! bien meilleur que chez StarBuck. Ca me fait vraiment du bien, et je me sens vraiment d’attaque. Et j’ai l’impression de reprendre l’initiative par rapport à la nature. C’est un brin présomptueux. Mais c’est un sentiment agréable. Agir, ne plus subir tout simplement.
Comme je l’ai dit, j’appréhende un peu la levée du camp, donc j’essaye d’anticiper au maximum et d’ordonner dans mon esprit, l’enchainement, par quoi commencer, par quoi finir.
Comme j’ai deux sacs c’est bien plus facile pour organiser les choses. En ce qui concerne le trajet, comme je n’ai pas pu négocier de me faire récupérer ailleurs en voiture (je me serais bien vu redescendre par le sentier du milieu et descendre sur Saint Aignan en Vercors, histoire de ne pas faire un aller retour…mais bon. Ce n’était pas vraiment possible, et entre les inconnus sur ma vitesse de progression, les conditions météo et l’absence de réseau téléphonique, difficile de prévoir un horaire de rendez-vous. Donc il faut simplement que je retourne sur mes pas, avec un dénivelé moins pénalisant dans ce sens, mais avec la rude journée d’hier dans les pattes.
Je retire les chaufferettes chimiques d’entre ma couche de chaussettes, et je décide de garder les deux paires…en prévision de ce que je redoute un peu (remettre les chaussures glacées)
Depuis l’intérieur de la tente, je mets de la nourriture, le réchaud, de l’eau dans le sac 30 litres. Je mets toutes mes fringues humides dans un sac poubelle. Ensuite je m’attaque au plus dur a mon avis. Replier le sac de couchage humide et le faire rentrer dans sa housse….je mets bien 10 minutes, mais ce qui semblait impossible au départ… finalement ça rentre. Je le range dans le compartiment principal du sac 70 litres. Je peux empiler le reste (les affaires humides, la nourriture en trop) par-dessus. Ensuite je dégonfle et roule le matelas autogonflant qui m’a bien isolé du froid. J’arrive à le rentrer dans la housse, mais cette dernière a vraiment souffert du froid, elle ne résistera pas longtemps, elle s’est totalement déchiré depuis.

 

Je mets finalement mes chaussures (finalement ce n’est pas si terrible), après avoir évacué et ranger les quelques trucs qui traine encore dans la tente (frontale, boite d’allumette…couteau suisse). Je finis par sortir de la tente. Pour le moment, avec l’absence de vent, et avec les deux polaires ça va, je n’ai pas trop froid, enfin je précise que je porte la cagoule, le bonnet et les gants en laine toujours… Je prends quelques photos de mon bivouac, où l’on voit bien que la tente s’est quand même pas mal détendue).

ultra light T2 vue de l'avant

 

Et ensuite je commence par enlever les ancrages, pas toujours évident avec le givre. Avec l’activité, je n’ai pas trop froid, bien que la température est toujours aux alentours de -7 degré.
Je vire au maximum la neige qui s’est accumulé sur la couverture de survie sur laquelle j’ai monté la tente. Je roule comme je peux la tente et hormis les arceaux (qui collent toujours autant aux doigts) j’arrive à la faire entrer (avec un peu de neige certes) dans sa housse.
Je replis pas très efficacement la grande couverture de survie. Et je bourre le tout dans le sac de 70 litres. Je rends ensuite hommage a dame nature… et je décide de retirer mes deux polaires « de nuit » qui sont toujours sèches et de remettre ma polaire coupe vent (passablement glacé et un peu humide), ainsi que ma veste north face a peu prés dans le même état. Mais bon je vais me remettre en marche (et donc produire de la chaleur) et je préfère conserver des vêtements de rechanges sec en cas de besoin.

 

pulka luge tout shuss

Faire sa Trace…

Vu la douleur aux pieds que j’ai eu sur les 200 mètres de descente la veille, je décide malgré la neige qui est tombée et qui a totalement recouvert les traces, de ne pas utiliser les raquettes, que je fixe sur le sac à dos, lui-même déjà sanglé à ma luge pulka. Je me remets en route, il est 9h40, il fait toujours -7. Dès les premiers mètres, ma pulka se retourne… mauvaise augure, je me dis que mon chemin de retour va être un gros calvaire si ça commence comme ça… Mais finalement avec la neige vierge, la pulka a moins tendance à verser. Et puis je suis en descente, ça change tout (même si les dévers c’est pareil…). Par contre comme je suis sur le GR (que je ne distingue plus), et même avec de la neige vierge, ma progression en chaussures me parait plus facile qu’en raquette, peut être la veille ma progression eut été moins pénible sans ces raquettes…et peut être c’était la solution pour sortir du canyon …

canyon_gr

 

La couche de nuage est bien laiteuse, mais on dirait que ça va finir par se lever. La descente n’est pas pénible, il fait jour, je peux admirer la beauté de ce canyon…mais les quelques photos que j’en fait ne rendent rien…comme souvent. Ma progression est rapide, après une heure je suis sorti du canyon. J’ai amélioré ma technique pour passer les dévers avec ma luge, déjà j’ai encore raccourci la corde entre moi et la pulka : à un mètre et quand je passe une pente avec dévers, je tiens la corde, histoire de « diriger « la pulka sans lui laisser de liberté. Ca a pour effet d’éviter qu’elle prenne de la vitesse dans la mauvaise direction, c’est moins fatiguant.

ciel_laiteux

 

J’entame le tronçon du pot du play, c’est quand même assez magique de faire sa trace, et l’horizon se dégage, m’offrant pour la première fois la vue sur la ligne des crêtes, c’est beau.

ligne_cretes_premiere

 

Moins d’une heure après je suis presque à l’entrée de la plaine de darbounouse, lorsque je croise les trois skieurs en pulka de la veille. On discute 5 mn, eux ont dormi sous la pente du toit de la bergerie de darbounouse. Ils ont fait étape vers 16 h la veille… ils me demandent si ça va descendre un peu bientôt… certes ils sont plus chargés que moi…mais je leur explique que j’ai marché jusqu’à 20h et que je n’ai pas réussi a sortir a la fin du canyon… mais bon j’essaye de leur remonter le moral après le leur avoir un peu plombé. Ils vont l’aborder en milieu d’étape, de jour, avec des conditions météo meilleures… On se souhaite bonne route et je prends leur trace jusqu’au milieu de la plaine de darbounouse (c’est plus facile !) , je fais quelques pauses barres alimentaires et photos, mais il y a du vent, il fait froid dans la plaine et même si le paysage est vraiment chouette, que j’admire tout autant en progressant.

Darbounouse_caseleve

 

 

C’est un peu difficile car hormis la météo, on a l’impression de ne pas avancer, et je sais qu’elle se termine par une chouette cote. Il est a peu plus de midi quand je sors de la plaine pour attaquer la dernière partie pénible de mon parcours… le tronçon jusqu’à la cabane de Carette…je sais que ça va remonter sur la dernière partie… mais il commence à faire beau et le moral est bon (je commence a être vraiment fatigué ceci dit…). Je me dis que je me ferais un repas chaud à la cabane de Carette et qu’ensuite c’est quasiment tout schuss jusqu’au bout. Vers 13h30 bien émoussé il faut le reconnaître (manque de foncier c’est clair !) j’arrive à la cabane. C’est seulement la que je croise d’autres personnes. Je discute avec un couple de senior qui est monté depuis Corrençon en raquette. Le soleil brille maintenant et il fait grand bleu, mais même si la température a remonté, il fait bien froid (-4). Je mets mon réchaud sur le poêle de la cabane et décide de me faire des pâtes à la carbonara lyophilisées. A noter qu’il me reste après ça environ un quart de litre d’eau sur les 3.3 litres du départ. Mais c’est vrai que je n’ai pas fait fondre de la neige. Malgré le soleil et à cause du vent, je mange à la table à l’intérieur de la cabane. C’est bon de manger chaud. Je prends mon temps et contemple le paysage. La météo est très différente de celle de la veille au soir, mais il fait quand même assez froid et de fait j’aurais du changer de tee shirt, car je grelotte de nouveau un peu. Je le saurais pour la prochaine fois.

cabane_carette_soleil

 

Je me sens assez fatigué, mais je me dis (à juste titre) que la dernière partie de mon parcours est quasiment tout le temps en descente ou sur du plat. Après quelques photos, je me remets en route. Il est 14h30. Dans certains passages, où la trace est vraiment large je pourrais courir devant ou à coté de la luge pulka, histoire de ne pas la retenir. Je croise pas mal de gens intrigué par mon système, mais plutôt bluffé par son efficace (sur ce terrain là ! ). Cette fois j’irais quasiment jusqu’à ma voiture avec le mode luge. Il est 15h15 quand j’arrive a ma voiture (moins d’une heure donc depuis la cabane de Carette) avec une mini pause au 45eme parallèle,

45emeparallele

 

et une autre à un endroit où le réseau passe (afin de prévenir mes proches que tout va bien, après 24h de blackout). Heureux de l’avoir fait, heureux d’en finir aussi il faut être honnête, mais déjà avec l’envie de repartir, en améliorant certaines choses.
ilfaitbeau_fin
Quoi dire de plus.
moi_soleil

Heureux !
En analysant un peu, finalement j’ai surtout appris des choses que je savais déjà…mais la leçon est mieux apprise quand on l’expérimente… des conditions météo et matériel peuvent radicalement changer la vitesse de progression… à la cabane de Carette, j’ai discuté avec un couple leur expliquant un peu mon parcours et ils étaient vraiment étonné que j’ai autant galéré dans le canyon, mais eux raisonner je crois par rapport a un parcours fait à la belle saison… effectivement le dénivelé n’était pas du tout monstrueux, mais avec l’enneigement, la météo, mon système et mon état de fatigue (et la nuit aussi donc), je ne suis pas passé.

chloé_papa

 

Chloé, le bonhomme de neige et moi…
Concernant mon système de sac à dos /pulka. Je pense que sans ce système je ne serais jamais allé aussi loin. Avec le poids que j’aurais du porter et mon entrainement (ou plutôt mon manque d’entrainement, mais j’en étais conscient) je me serais arrêter bien plus tôt, ou alors j’aurais allégé le matériel, en supprimant la tente et dans ce cas je me serais contenter d’un aller retour jusqu’à la plaine de Darbounouse avec une nuit dans la cabane de Carette. Mais paradoxalement c’est ce même système qui m’a permis d’aller si loin qui m’a, je crois empêcher de progresser correctement dans le canyon et finalement de ne pas pouvoir en sortir.
J’ai pu retourner sur place deux mois plus tard et voir l’endroit (de jour) où j’ai coincé, c’est par là ==>

http://www.randoandco.fr/trek-4-jours-solo-vercors-mai-2010-1er-jour/

 

Il faudrait que j’essaye avec une sorte de brancard rigide pour supprimer totalement les à-coups, et également pour mieux contrôler la pulka.
Les raquettes sont vraiment nécessaires quand il y a une grosse couche de neige, sinon c’est plus fatiguant qu’autre chose. J’aurais sans doute moins galéré sans raquette la première journée.
Sur le poids de l’équipement que j’emportais, si j’avais ajouté quelque chose comme 2 ou 3 kgs en plus, je pouvais parfaitement être autonome pour 3 ou 4 jours.
En partant a plusieurs, le poids par personne se serais pas mal allégé. La tente notamment. Mais bon, autant celle-ci convient bien à la belle saison pour deux personnes, autant en hiver, dans la neige, pour deux elle n’est pas adapté et dans tout les cas difficile a bien monter, mais bon…ça je le savais déjà.
En partant plutot (mais difficile vu la chronologie), je pense que je serais aller jusqu’à la tiolache du milieu.
Hormis les brancards, et l’utilisation des raquettes, je ne changerais pas grand-chose. Les affaires que j’ai emportées étaient ok, ni trop, ni pas assez. Ma veste north face que j’hésitais à emporter (1,6 kgs) en lieu et place d’une polaire et d’un coupe vent. Je ne regrette pas du tout de l’avoir prise, je l’ai quasiment porté tout le temps. Peut-être je pourrais mieux gérer la chaleur à l’effort et me decouvrir avant de suer, mais plus facile à dire qu’a faire.

 

Ok j’ai emporté un truc que je comptais tester : un petit réchaud à bois bricolé dans une boite de conserve…mais bon c’est de l’ordre de 60 gr…

rechaud_bois_conserve

 

testé depuis ça marche très bien, c’est assez bluffant même
je n’ai pas du tout utilisé non plus ma pelle à neige (300 gr), du reste j’aurais pu l’utiliser comme ancrage pour ma tente, mais je n’y ai pas pensé… et pour aplatir la neige sous la tente, j’ai utilisé ma luge.
J’avais deux cartouches de gaz. (je comptais faire plus de repas chaud et faire fondre de la neige) Le gaz a quand bien fonctionné. Il faut simplement bien gérer la chaleur de sa cartouche.
En ce qui concerne l’eau. J’avais peur qu’elle gèle. Aussi j’ai emporté mon thermos (que j’ai utilisé en dernier) contenant 0.8 l d’eau bouillante. J’ai mis de l’eau de très chaude dans une bouteille plastique 1.5 l que j’ai placé dans une espèce de housse de protection (moins efficace qu’une thermos, mais moins lourd). et dans ma gourde avec quart et housse (type militaire) j’ai remplacé la gourde d’un litre, par deux petits bouteilles plastique de 0.5 l d’eau chaude chacune) .
J’ai utilisé en premier lieu les bouteilles de 0.5 l, ensuite celle de 1.5 litres (le matin quand je l’ai utilisé elle était bien froide, mais pas gelé). A noter que mon urine (chaude donc au départ ! ) avait presque entièrement gelé elle dans son récipient non protégé. Enfin j’ai fini par utiliser la thermos qui contenant de l’eau froide 24h après avoir été rempli d’eau bouillante…il a fait quand même bien froid, car en général ça garde bien la chaleur ces trucs la.
En ce qui concerne l’application géolives et l’iphone (qui ne m’a jamais lâché !). Cette application est quand même super. Mais vu l’autonomie de ce genre d’appareil, et l’impact du froid sur les batteries, je n’ai pas pu enregistrer mon parcours c’est dommage. Enfin j’ai pu le reconstituer sans trop d’approximation, comme je suis resté sur le GR.

Trek mars 2010

 

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